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Cadeau qui a de la valeur
Le mot recouvre quatre notions différentes, et l’essentiel des mauvais choix vient de ce qu’on les confond. Un objet peut avoir beaucoup d’une valeur et aucune des trois autres, et c’est presque toujours l’une des trois autres qui décide de son sort.
Les quatre valeurs
La valeur marchande : ce que l’objet coûterait à racheter. C’est la seule qui se chiffre facilement, et c’est pour cela qu’on la prend à tort pour la principale.
La valeur d’usage : ce qu’il permet de faire. Elle est réelle mais elle s’épuise, parce qu’un objet utile finit par être remplacé par un objet plus utile.
La valeur sentimentale : ce qu’il rappelle. Elle ne s’achète pas et ne se décide pas ; elle se construit après coup, souvent sur des objets qui n’avaient aucune des deux premières valeurs.
La valeur de signal, enfin : ce que l’objet dit de son propriétaire et de celui qui l’a offert. C’est la moins avouée, et de loin la plus déterminante dans un contexte social.
Celle qui fait survivre un objet
Faites le test sur ce que vous possédez depuis longtemps. Presque rien n’a survécu grâce à sa valeur marchande, et peu de choses grâce à leur utilité. Ce qui reste sur les étagères a survécu par ce qu’il rappelle ou par ce qu’il dit.
C’est une information précieuse au moment d’offrir : viser la valeur marchande revient à viser exactement celle qui ne protège pas l’objet. Un cadeau coûteux mais sans histoire disparaît aussi vite qu’un cadeau bon marché, simplement il a coûté plus cher.
Fabriquer de la valeur sans dépenser plus
La valeur sentimentale ne se commande pas, mais elle se favorise. Un objet lié à un moment précis, à une scène, à un éclat de rire collectif, en accumule beaucoup plus qu’un objet remis sans contexte. C’est pourquoi la façon d’offrir compte parfois davantage que ce qu’on offre.
Quant à la valeur de signal, elle dépend uniquement de ce que les témoins peuvent lire. Elle est donc à la portée de n’importe quel budget, à condition que l’écart entre le prix et l’objet soit visible. C’est exactement le raisonnement que nous poussons à son terme dans notre article sur le cadeau de luxe insolite.
Pourquoi la valeur marchande domine les conversations
Si le prix occupe autant de place, c’est qu’il est la seule des quatre valeurs qui se compare. On ne peut pas mettre deux souvenirs côte à côte pour dire lequel pèse le plus, alors qu’on peut aligner deux montants en une seconde.
Cette facilité de comparaison lui donne une importance qu’elle ne mérite pas. Les conversations sur les cadeaux tournent autour des prix parce que c’est le seul terrain mesurable, pas parce que c’est le terrain qui compte. Savoir cela suffit souvent à s’en détacher au moment de choisir.
Le cas de l’objet sans aucune valeur d’usage
Un objet totalement inutile est souvent perçu comme un cadeau raté. C’est l’inverse : privé de valeur d’usage, il ne peut pas devenir obsolète, ni être remplacé par une meilleure version. Il ne lui reste que les deux valeurs durables, celles du souvenir et du signal.
C’est pour cette raison que les objets dérisoires traversent les décennies pendant que les appareils performants finissent au tri. Ce paradoxe s’applique particulièrement bien au monde du bureau, comme nous le montrons pour le cadeau humour collègue.
Sur notre collection, la valeur marchande est volontairement absente du discours : le prix du commerce est affiché barré à côté du nôtre. Ce que vous offrez, c’est une histoire et un signal, et nous ne prétendons pas autre chose.