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Cadeau hors de prix
L’expression désigne deux choses opposées. Un objet dont le prix dépasse ce qu’il vaut objectivement, et un objet dont le prix dépasse ce que la situation appelait. Le premier est une question de valeur, le second une question de convenance, et on les confond sans cesse.
Hors de prix par erreur
Le premier cas est involontaire et il est fréquent. Quelqu’un dépense beaucoup en croyant acheter de la qualité, alors qu’il achète surtout une marque, une distribution et une communication. Il ne sait pas exactement ce qu’il paie, et il pense sincèrement avoir fait une bonne opération.
Dans ce cas de figure, la part du prix qui ne correspond à aucune matière ni à aucun travail est largement majoritaire — distribution, communication, rareté organisée, marge — et elle est très rarement annoncée comme telle. L’acheteur croit payer un objet, il paie surtout une position.
Cette confusion est entretenue par un discours constant sur le savoir-faire, qui existe réellement mais n’explique jamais l’essentiel de l’écart. Un objet peut être trois fois mieux fabriqué qu’un autre ; il n’est jamais cinquante fois mieux fabriqué, alors qu’il est couramment vendu cinquante fois plus cher.
Hors de prix par choix
Le second cas est tout différent. La personne sait parfaitement que l’objet ne vaut pas ce qu’elle paie, et paie quand même. Ce n’est plus une erreur d’évaluation, c’est une décision, et cette décision est lisible par tout le monde.
C’est là que le geste devient intéressant. Un excès assumé communique une aisance, une désinvolture, parfois un humour, que le même montant dépensé sérieusement ne transmettrait jamais. La différence tient entièrement dans le fait de savoir.
Pourquoi la version assumée ne met personne mal à l’aise
Un cadeau coûteux ordinaire crée une dette. Le destinataire calcule, se sent obligé, parfois s’excuse. Ce mécanisme est automatique et personne n’y échappe complètement.
Un cadeau volontairement hors de prix désactive ce calcul. Comme la somme a manifestement été gaspillée pour rire, elle sort du registre de l’échange. On ne rembourse pas une plaisanterie. Le destinataire garde le plaisir sans la contrepartie, ce qui est exactement ce qu’on voulait obtenir au départ. Les conséquences sociales de ce choix sont examinées de près dans notre article sur le fait d’ offrir un cadeau trop cher.
La condition de lisibilité
Tout repose sur un point : l’écart doit être visible. Si personne ne peut estimer ce que l’objet vaut réellement, l’excès ne se voit pas et le geste devient illisible. C’est pourquoi l’objet doit être ordinaire, connu, dont chacun a une idée du prix normal.
Un objet rare et coûteux ne produit pas cet effet : on ne sait pas s’il était cher, on suppose simplement qu’il l’était. L’objet banal, lui, fournit à chaque témoin une référence immédiate, et l’écart saute aux yeux sans qu’un mot soit prononcé.
Notre méthode
Nous vendons des objets que tout le monde connaît, à des prix que personne ne défendrait, et nous affichons le prix du commerce barré à côté du nôtre — plus bas. L’écart n’a donc pas besoin d’être deviné : il est écrit.
C’est le seul cadeau réellement hors de prix qui ne mette personne dans l’embarras, parce qu’il ne prétend pas valoir ce qu’il coûte. Poussé à son terme, le raisonnement conduit à des objets dont l’inutilité est totale, comme nous l’expliquons pour le cadeau inutile, et vous les trouverez tous sur la page de la collection.